
Le 31 octobre, Ana Popovic publiera Dance To The Rhythm, son treizième album. Dans la continuité de son album Power, sorti il y a deux ans, la guitariste et chanteuse serbe réaffirme sa volonté de “faire bouger les gens et de les toucher”. Objectif atteint avec 10 titres à la production remarquable !
Conçu sur deux années entre sessions studio et tournées, l’album s’appuie sur une large formation avec cuivres, chœurs et claviers pour recréer sur disque l’énergie vibrante de la scène.
Lauréate de sept Blues Music Awards et saluée par Bruce Springsteen, qui la décrit comme “une sacrée guitariste”, Ana Popovic porte également un message d’émancipation et d’équilibre, invitant chacun à “danser au rythme de la vie”. Après une brève apparition en France cet été en première partie du concert de Robert Plant à Vienne (lire notre live report), elle présentera ce nouveau répertoire en tournée dès novembre, avec notamment plusieurs dates en France.
🎤 Ana Popovic en interview exclusive
Bonjour Ana. La dernière fois que je t’ai vue en concert, c’était cet été en première partie de Robert Plant à Vienne. Quels souvenirs gardes-tu de ce concert ?
C’était un concert fantastique. Je suis une immense fan de Robert et j’ai une admiration constante pour lui, principalement parce qu’il ne s’est pas arrêté là où Led Zeppelin s’est arrêté. Il n’est pas resté coincé dans cette époque. Il a continué à évoluer en tant que musicien et à apporter de nouveaux sons à ses fans.
Led Zeppelin est-il une influence pour toi ?
J’étais fan à l’adolescence. Qui ne l’était pas ?
Peut-être qu’un jour nous aurons le plaisir de t’entendre reprendre un morceau de Led Zeppelin, comme tu l’as fait avec le classique de Paul Simon “50 Ways to Leave Your Lover” sur ton nouvel album. Cette reprise est brillante ! Peux-tu nous en dire un mot ?
C’est une chanson incroyable. Et la première chanson de Paul Simon que j’ai reprise. Je suis une immense fan de toute sa musique. C’est l’un des trésors musicaux de ce siècle. Au niveau des paroles – traversant moi-même un divorce – ces mots ont profondément résonné en moi et m’ont portée quand c’était difficile, car ils sont vrais. Je pense qu’il est très humain, et juste, de se donner mutuellement la liberté, pacifiquement (!!), si c’est ce qui est nécessaire. S’il n’y a plus d’énergie pour faire évoluer la relation des deux côtés, il ne faut pas avoir honte de franchir le pas, de redessiner sa vie et d’accueillir le changement positivement. Et le faire avec grâce et sans drame. Comme le dit Paul Simon : “Just slip out the back, Jack.”
Musicalement, en décidant comment aborder cette chanson, nous nous sommes demandé comment la transformer tout en gardant son essence. Nous avons choisi de modifier le refrain pour s’éloigner du chœur hippie des années 70, en allant vers une direction soul/gospel. Je pense que le résultat est merveilleux et j’ai hâte de la jouer en live avec mon grand groupe.
« C’est un excellent album à écouter, très adapté pour créer un grand set live »
Comme nous venons de le mentionner, Dance To The Rhythm est ton 13e album studio. Qu’est-ce qui le distingue de tes précédents disques ?
Il a simplement continué d’évoluer là où notre précédent album Power s’était arrêté. C’est une évolution du son initié avec Power. Il explore des territoires inconnus : des morceaux dansants (la chanson titre, Sho’Nuf), une ambiance entre Santana, War, soul et musiques du monde (Solution / Sisters And Brothers). Le tout est baigné dans de grands refrains et des arrangements impeccables. C’est un excellent disque à écouter et, en même temps, parfait pour construire un grand set live.
Personnellement, j’ai été bluffé par le travail de production : le son est fabuleux et les arrangements sont d’une grande finesse ! L’album a été produit et arrangé par toi et Buthel, ton bassiste de longue date. Dirais-tu que cette collaboration a été la clé de l’album ?
Absolument. Nous formons une bonne équipe et nous avons une mission. Nous voulons délivrer le son que nous avons en tête et dans le cœur. Même si nous avons grandi dans des endroits complètement différents, moi en Serbie et lui dans le Michigan, nous partageons une même sensibilité pour la soul, le funk, le son de scène que nous voulons atteindre et la production que nous souhaitons. C’est une trajectoire naturelle car nous savons exactement ce que nous voulons.
L’album mélange blues moderne, funk, soul, rock et R&B. Quelle est ta recette pour ce cocktail musical ?
Nous voulons faire bouger les gens. Les toucher. Les auditeurs ont tellement d’options aujourd’hui, c’est une vraie surcharge musicale. Mais s’ils achètent ce disque, ils auront une production de pointe, des chansons qui ouvriront leurs horizons, les inspireront et les feront voyager. Notre recette, c’est que tout est musique. Il ne faut jamais lâcher cette “blue note” qui relie tout et qui constitue la trame de notre son.

La plupart des morceaux ont été coécrits avec Corey LaDell Burns, et certains avec J. Sabin. Comment s’est déroulé le processus d’écriture ?
Buthel (Corey) et moi avons posé les bases avec le batteur de session, alors qu’il n’y avait encore ni chansons ni paroles, à part quelques lignes. Nous avons créé les grooves de tous les morceaux en marmonnant des paroles provisoires. Ensuite, notre travail d’écriture a commencé. Nous avons composé les couplets, écrit les textes et chanté les refrains pendant nos balades matinales en tournée, à Los Angeles, à Dallas, à Detroit… Ce processus a duré deux ans.
Nous allions ensuite en studio, enregistrions des couplets, des guitares, puis recommencions. Une fois les morceaux presque finalisés, nous choisissions les claviéristes selon leur style : soit Michele Papadia, mon fidèle clavier depuis 20 ans, soit Jeremy Thomas, notre clavier/batteur américain. Ensuite venaient les sections de cuivres (US ou européennes), puis les choristes, percussionnistes, etc., avant le mixage final.
Musicalement, on entend une section de cuivres, plusieurs batteurs, des chœurs… Après ton projet Fantastafunk, on voit que tu aimes être bien entourée !
Exactement. Cet album, comme le précédent Power, a été conçu pour notre grand groupe. Nous voulions offrir une musique que les 11 musiciens sur scène allaient vraiment prendre plaisir à jouer.
Les chœurs jouent un rôle particulièrement important…
Nous faisons de grandes chansons avec des lignes accrocheuses fortes. J’adore écrire pour les choristes, car je pense que ces lignes sont les parties les plus importantes de la chanson et doivent être traitées comme telles.
« Quoi qu’il t’arrive, prends le bon chemin »
Le titre de l’album, Dance To The Rhythm, évoque quelque chose de très positif et entraînant. Quel message portes-tu à travers lui ?
Danse avec moi, car j’adore danser, et surtout : danse au rythme de la vie. Quoi qu’il t’arrive, prends le bon chemin. Tire le meilleur de chaque situation. Surfe sur la vague.
Sur l’album, il y a une vraie bouffée d’air frais avec “Hurt So Good” à la guitare acoustique. On ne t’entend pas souvent dans ce registre, et pourtant c’est une totale réussite !
Oui, c’est une facette nouvelle de moi, mais qui a toujours été là. Je veux la rendre accessible à mon public. J’adore “Hurt So Good”. Nous avons testé différentes versions, funk, rock, pour finalement garder cette version acoustique cool et nocturne. C’est une chanson de revanche : une femme qui sait ce qu’elle veut et surtout ce qu’elle ne veut plus, et qui reprend sa vie en main.
Tu dis souvent que l’émancipation est au cœur de ton art. Y a-t-il une dimension féministe dans ta musique ?
Je m’inscris dans la lignée de nombreuses femmes de ma famille – arrière-arrière-grands-mères, grands-mères, ma mère – qui étaient féministes, pas de façon agressive, mais en luttant pour leur place dans une société serbe très machiste. Je ne peux pas ignorer cet héritage. Je crois à l’égalité, là où hommes et femmes peuvent réaliser leur plein potentiel. Mes disques portent toujours un message de soutien aux femmes qui se battent pour leur indépendance malgré les structures sociales actuelles.
L’état actuel du monde rend ce message plus pertinent que jamais. Est-ce quelque chose qui t’inquiète ?
Oui, la situation mondiale m’inquiète beaucoup. Mais je crois en la jeunesse et j’ai confiance que la génération suivante, une fois en âge de voter et de décider, pourra corriger nos erreurs.

La musique joue-t-elle un rôle pour toi ? Est-ce la “Soulution” dont tu parles sur l’album ?
La musique est la véritable SOULUTION. Cette chanson parle de faire le point – vérifier si tu restes humble, les pieds sur terre, si tu ne cours pas après la cupidité et la vanité. Trouve cette solution dans ton âme et demande-toi : es-tu toujours là où tu voulais être quand tu étais jeune et idéaliste ?
L’album sortira à l’automne 2025. Quels sont tes projets de tournée ?
Nous partirons en tournée avec enthousiasme car nous adorons ces chansons. Tous les musiciens clés seront présents et nous prendrons beaucoup de plaisir sur scène.
Merci Ana ! Un dernier mot ?
Venez faire partie de cette nouvelle étape de ma vie musicale et dansez avec moi !
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